The Infernal Devices : L'Ange Mécanique...

Tout sur le tome 1 de la saga The Infernal Devices...

The Infernal Devices : Le Prince...

Tout sur le tome 2 de la saga Infernal Devices...

The Infernal Devices : La Princesse...

Tout sur le tome 3 de la saga The Infernal Devices...

TID : Le Film

Et oui, c'est la grande question qui semble obséder les fans : Est-ce que leurs livres préférés seront un jour adaptés en film afin de voir évoluer les personnages qu'ils ont tant aimés sur grand écran...

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mercredi 9 juillet 2014

Incandescence : la rencontre de Jem et Tessa du point de vue de Jem...


Le violon du père de Jem avait été façonné pour lui par le luthier Guarnerni, qui avait conçu des violons pour des musiciens aussi célèbres que Paganini. En fait, il arrivait à Jem de penser que son père aurait pu être une sorte de Paganini lui-même, célèbre dans le monde entier pour sa façon de jouer, s’il n’avait pas été un chasseur d’ombres. Les chasseurs d’ombres pouvaient s’adonner à la musique, à la peinture ou à la poésie, surtout après leur retraite du service actif, mais ils étaient toujours des chasseurs d’ombres, d’abord et avant tout.

Jem savait que son talent pour le violon n’était pas aussi grand que celui de son père — Ce père qui lui avait appris à jouer quand il était si petit qu’il avait des difficultés à équilibrer le lourd instrument — mais il avait joué pour des raisons qui allaient bien au-delà du simple art.

Ce soir, il s’était senti trop mal pour rejoindre les autres à dîner — la douleur dans ses os et une drôle de lassitude dans les jambes — jusqu’à ce qu’il ait finalement cédé et pris juste assez yin fen pour apaiser la douleur et raviver un peu d’énergie. Puis, lui était venu l’ennui de sa propre dépendance, et quand il était allé chercher Will, toujours sa meilleure défense contre la dépendance, son parabatai n’était -bien sûr — pas là. Encore dehors, pensa Jem, marchant dans les rues, comme Diogène, mais avec un but moins noble.

Alors Jem avait décidé de se retirer dans sa chambre avec son violon. Il jouait Chopin maintenant, un morceau, écrit à l’origine pour le piano, que son père avait adapté pour violon. La musique commença avec douceur et s’éleva en un crescendo, un de ceux qui peuvent extirper chaque once d’énergie, de sueur et de concentration de lui, le laissant trop épuisé pour ressentir le désir de la drogue qui brûle ses terminaisons nerveuses comme du feu.

C’était en fait, l’une des pièces que son père avait jouée pour courtiser sa mère, avant de se marier. Le père de Jem était romantique, sa mère plus pragmatique, mais la musique l’avait émue tout de même. Son père avait insisté pour que Jem l’apprenne « Je l’ai joué pour ma fiancée, et un jour, tu le joueras pour la tienne."
Mais je n’aurai jamais de jeune épouse. Il ne pensait pas ceci en s’apitoyant sur son sort. Jem était comme sa mère : pragmatique sur la plupart des choses, même au sujet de sa propre mort. Il était capable de supporter cet état de fait et d’en faire l’analyse. Chacun des enfants de l’Institut était particulier, pensait-il : Jessamine avec son amertume et sa maison de poupée, Will avec ses mensonges et ses secrets, et Jem… sa mort était seulement une autre forme de particularité.

Il s’arrêta un instant, à bout de souffle. Il jouait près de la fenêtre, où il faisait plus frais : il l’avait légèrement entrouverte, et l’air amer de Londres lui effleurait les joues et les cheveux comme du bout des doigts, alors que l’archet dans sa main s’immobilisa. Il se découpait dans la lune, couleur argent tout comme la poudre de yin fen...

Il ferma les yeux et se plongea de nouveau dans la musique, l’archet frottant contre les cordes comme un cri. Parfois, son désir pour la drogue était presque irrésistible, plus fort que son désir pour la nourriture, l’eau ou l’air, ou pour l’amour...

Je l’ai joué pour ma fiancée, et un jour, tu vas le jouer pour la tienne. Jem était résolument attaché à cette pensée. Parfois, il se demandait ce que ce serait de regarder les filles comme Will le faisait, les scruter avec ses yeux bleu foncé, proférant des insultes et des compliments assez fort pour être giflé systématiquement à chaque fête de Noël. Il ne voulait que des compagnes occasionnelles, de temps en temps, quand une jolie fille flirtait avec lui, ou quand il était particulièrement solitaire.

Mais Jem ne faisait pas ça, il ne pouvait pas, pensez à des filles comme ça en passant : il présumait qu’une relation pourrait être possible, mais ce n’était pas ce qu’il voulait. Il voulait ce que son père avait eu — le genre d’amour sur lequel écrivaient les poètes. La façon dont ses parents se regardaient, la paix qui les enveloppait quand ils étaient ensemble. Un simulacre d’amour ne lui apporterait pas cela, et il n’avait pas de temps à perdre, il pourrait passer à côté de l’amour véritable — et du temps, il n’en avait pas beaucoup.

Un pincement le traversa alors que son besoin de drogue augmentait, et il accéléra son jeu. Il essayait de ne pas regarder la boîte sur sa table de nuit. C’était dans ces moments qu’il se demandait pourquoi il ne se contentait pas de prendre des poignées de la substance en une seule fois. La plupart de ceux qui étaient accro au yin fen, en prenaient sans cesse jusqu’à ce qu’ils meurent pour ce sentiment d’euphorie, d’être infatigable et indomptable, d’avoir la force et la puissance d’une étoile. C’est cette euphorie qui les tuait à la fin, qui brûlait leurs nerfs, écrasait leurs poumons et épuisait leurs cœurs.

Parfois Jem se sentait comme s’il voulait brûler. Parfois, il ne savait pas pourquoi il luttait contre lui-même, pourquoi il tenait plus à avoir une vie plus longue de souffrance plutôt qu’une vie plus courte sans douleur. Mais ensuite, il se rappelait que l’absence de douleur ne serait qu’une illusion : comme la maison de poupée de Jessamine, comme les histoires de Will au sujet des maisons closes et des palais du gin.

Et, s’il était vraiment honnête, il saurait que cela tuerait ses chances de trouver le genre d’amour que ses parents avaient eu un jour. Car c’est ce que l’amour était, n’est-ce pas ? — brûler vif dans les yeux de quelqu’un d’autre ?

Il continuait à jouer. La musique avait atteint un crescendo. Il respirait fort, de la sueur perlait sur son front et sa clavicule malgré le froid de l’air du soir. Il entendit le clic de la porte de sa chambre comme elle s’ouvrait derrière lui et le soulagement l’envahit, mais il ne s’arrêta pas de jouer. "Est-ce que, » dit-il, après un moment. "Will, c’est bien toi ?"

Mais seul le silence lui répondit, ce n’était pas propre à Will. Peut-être Will était-il contrarié par quelque chose. Jem abaissa son archet et se retourna, les sourcils froncés. "Est-ce que…" commença-t-il.

Mais ce n’était pas Will. Une jeune fille se tenait hésitante sur le seuil de sa chambre. Une fille en chemise de nuit blanche avec une robe de chambre posée sur les épaules. Ses yeux gris étaient pâles dans le clair de lune, mais calmes, comme si rien de son apparence ne pouvait la faire sursauter. C’était la fille sorcière, réalisa-t-il soudain ; Celle dont Will lui avait parlé plus tôt, mais Will n’avait pas mentionné la vertu de calme à son sujet qui faisait que Jem se sentait apaisé malgré son désir pour la drogue, ni le petit sourire sur ses lèvres qui illuminait son visage. Elle devait avoir été là pendant quelques instants, à l’écouter jouer : la preuve qu’elle avait apprécié résidait dans son expression, dans l’inclinaison rêveuse de sa tête.

"Vous n’êtes pas Will," dit-il, en se rendant immédiatement compte que c’était la chose la plus stupide à dire. Comme elle se mit à sourire, il sentit un début de sourire répondre sur ses propres lèvres — Depuis très longtemps, Will avait toujours été la personne qu’il désirait le plus à voir quand il était dans cet état, et maintenant, pour la première fois, il se trouvait heureux de ne pas voir son parabatai, mais quelqu’un d’autre à la place.


dimanche 29 septembre 2013

Aujourd'hui, c'est le Heronstairs day...

Cassandra Clare, en balade en Italie, avait décidé de célébrer le Heronstairs day aujourd'hui. Elle a donc passé la journée à partager des fanarts concernant les personnages de Will et Jem...
Elle a également écrit pour nous une petite scénette du quotidien de Will et Jem, probablement avant l'arrivée de Tessa...

Crédit image Cassandra Jean


"Je t’aime", déclama Will. "Je t’aime désespérément. Je n’ai jamais ressenti pour une autre personne ce que je ressens pour toi. Mon amour pour toi est éternel comme la mer, et, comme les rochers contre lesquels les vagues sont anéantis, encore et encore, il reste inébranlable. En toi j’ai trouvé le cœur de mon cœur, que je ne pensais avoir trouvé que dans mes rêves auparavant. Jamais je n’aurais réuni un meilleur partenaire, un aussi bon ami, un compagnon plus séduisant. Permets-moi juste une fois d’embrasser tes douces lèvres".

Jem leva les yeux du feu, où il caressait Church. Church s’était endormi et toute sa fourrure était dressée.

« Je veux que tu cesses de me lire des romans gothiques », dit-il. "Ils me donnent des boutons."

"L’amour est une noble émotion !" s’écria Will en agitant ses bras avec une telle énergie que le livre qu’il lisait glissa de ses genoux. Ses cheveux se hérissèrent comme les poils de Church, ou un peu comme s’il avait été électrocuté.

"Effectivement", déclara Jem en s’adossant au fauteuil, souriant à Will de sa place au coin du feu. Church se crispa, renifla, et s’enroula sur son épaule.

« Maintenant, lis-moi quelque chose avec une scène de combat, si tu veux bien."

mercredi 25 avril 2012

On the bridge : Sur le pont ~ Will et Jem avant Clockwork angel...

Une petite fiction écrite par Cassandra Clare pour introduire les personnages de Will et Jem et leur relation...



Sur le pont.
Jem et Will avant Clockwork Angel...

Il était minuit passé, et Londres était aussi calme qu'habituellement: Le son des carrosses ne s'arrêtait jamais complètement, ni les cris et les appels des habitants de la ville, ni les discussions incessantes des écumeurs sur les bords de la rivière, fouillant dans les détritus recrachés par la Tamise, à la recherche de quelque chose de valeur. Will Herondale et Jem Carstairs s'assirent sur le bord du quai Victoria, leurs jambes suspendues dans le vide par-dessus bord.

À leur gauche, ils pouvaient apercevoir l'obélisque de Cléopâtre, perçant le ciel, à leur droite, le pont Hungerford. Will bailla et étira ses bras en arrière. Une épée de petite taille, rengainée, brillait à ses genoux.

- Tu sais, James, je commence à croire que ce Démon Léviathan n'existe pas. Ou, s'il existe, il a déjà nagé très loin d'ici.

- Eh bien, ce ne serait pas la première fois que nous restons assis toute une nuit pour rien, et ce n'est pas la dernière, je peux te le parier, répondit Jem d'une voix douce.

Le pommeau paume de sa cane en forme de tête de dragon reposait sur son épaule, son bras enroulé tout autour du manche. Ses cheveux clairs brillaient sous les reflets de la lune qui tantôt apparaissait et disparaissait derrière les nuages.

- Continues-tu ton investigation? Cette fille morte dans East End?

- Cela m'a conduit dans des endroits intéressants, expliqua Will. J'ai gagné soixante pounds à Ragnor Fell au faro l'autre nuit. Quand te joindras-tu as moi à nouveau...

- Je n'aime plus trop ces clubs. Des terrestres plumés, ces clubs les enlisent dans des jeux qu'ils ne peuvent pas gagner, se moquant et droguant même les créatures obscures, tout ça me laisse un goût amer dans la bouche. Et tu sais ce que Charlotte dirait si elle te prenait en train de jouer.

- Charlotte s’inquiète sans raison. Elle n'est pas... Will interrompit brutalement et leva la tête vers les étoiles ou du moins celles qu'il pouvait apercevoir entre la fumée et les nuages. Elles illuminèrent ses yeux, et ainsi permettaient d'en voir le bleu profond malgré la pénombre, tout juste atténué par la lumière caractéristique des réverbères des quais Victoria. Ma mère, Jem savait bien que c'était ce qu'il s’apprêtait à dire. C'était un truc de Will, de s'interrompre de la sorte avant d'en avoir trop dit.
- Tu m'as dit que ton père était joueur, dit Jem volontairement désinvolte, en tapotant le pommeau de sa canne.

Pendant un instant, Will regarda aussi loin que les étoiles qu'il était en train d'observer.

- Il taquinait juste un peu les cartes. Ma mère l'a dissuadé de faire quoique ce soit d'autre. Elle n'aimait pas les jeux de hasard. Et il n'était pas de ce genre de fou qui parie sur tout et n'importe quoi - jusqu'à ce que le soleil se couche, ou bien que le vieux Henderson puisse grimper Minith Mawr complètement ivre.

Jem ne savait pas ce que Minith Mawr était, et ne l'interrogea pas. Au lieu de cela, il dit:

- Ton père devait vraiment aimer ta mère, pour cesser d'être un chasseur d'ombres pour elle.

Will tiqua, presque imperceptiblement, mais il répondit sur un ton étonnement calme.

- Oui. Je lui ai demandé s'il regrettait, une fois. Mais il m'avait répondu qu'il n'avait jamais regretté. Il m'a dit qu'il y avait des milliers de Chasseurs d'ombres, mais que le grand amour ne vient qu'une seule fois dans la vie si on est chanceux, et on serait bien fou de le laisser partir.

- Et tu y crois? demanda Jem avec beaucoup de précaution; parler à Will de sujet personnel était comme essayer de ne pas effrayer un animal sauvage.

- Je suppose que oui, dit Will, après une pause. Ce n'est pas que ça ait beaucoup d'importance pour moi, mais... il haussa les épaules, si l'amour est si formidable, alors ça vaut la peine de se battre pour lui.

- Même si c'est immoral d'une certaine manière? Interdit?

- Interdit? Mais l'amour de mon père pour ma mère était interdit, ou du moins illégal. Ou voulais-tu dire si elle était déjà mariée, ou Vampire?

- Ou bien une Vampire mariée.

- Bien, au moins, dit Will avec un sourire. On devrait se battre. L'amour conquiert tout.

- Je devrais mettre en garde les maris vampires des alentours, répliqua Jem sèchement.

- Et toi Carstairs? Tu es resté très discret au sujet de ta façon de voir les choses.

Jem retira son bras de sa cane et soupira.

- Tu sais que je crois en la réincarnation, dit-il calmement. Je pense que deux âmes qui sont faites pour être ensembles, resteront destinées et seront à nouveau ensembles dans cette vie et celle d'après, quoiqu'il nous arrive.

- Est-ce un cours magistral officiel, ou quelque chose que tu as inventé? demanda Will.

Jem éclata de rire.

- Est-ce que c'est important?

Will le regarda avec curiosité.

- Crois-tu que tu vas me revoir?

En voyant le changement d'expression de Jem, il ajouta :

- Je veux dire, y a-t-il une chance pour moi, d'avoir une autre vie, après celle-là, une vie meilleure?

Alors que Jem s’apprêtait à ouvrir la bouche pour répondre, un bruissement se manifesta sous leurs pieds. Au moment où ils regardèrent tous les deux vers le bruit, un tentacule jaillit de la surface de la rivière, s'entoura autour de la cheville de Jem, et l'attira brusquement sous la surface de l'eau. Will sauta sur ses pieds sa lame en main, l'eau bouillonnait toujours à l'endroit où les tentacules de la créature se projetaient sauvagement, montrant que Jem était en train de batailler ferme. Le cœur de Will s'accéléra, embrasant son sang, et l'appel de la bataille dans ses veines.

"Fichtre, s'exclama-t-il. Juste quand ça devenait intéressant.

Et il plongea dans l'eau pour rejoindre son ami...



jeudi 19 avril 2012

Pourquoi Will déteste-t-il les canards?...



Ce bonus est offert par Cassie pour remercier ses fans d'être aussi dynamiques et créatifs et pour fêter la sortie prochaine de City of lost Souls cinquième tome dans la saga des Mortal Instruments (la cité des ténèbres).
Dans Clockwork Angel, vous pourrez lire que Will n'aime pas les canards et tout le monde s'était toujours demandé pourquoi... Voici la réponse.

L'histoire se passe au début du chapitre 9 de Clockwork Angel, le tome I dans la série Les Origines"...

Will frappait, du talon, les pieds de la table de la bibliothèque avec impatience. Si Charlotte avait été présente, elle lui aurait sûrement dit d'arrêter d'endommager le matériel. Cela dit, la moitié du matériel présent dans la bibliothèque portait les marques de nombreuses années d'abus : Des chips dans les piliers où Jem et lui s'étaient amusés à s'entraîner à l'épée en dehors de la salle d'armes, des éraflures de marques de chaussures sur le rebord de la fenêtre où il était resté des heures à lire. Des livres avec des pages cornées et le dos cassé, des empreintes de doigts sur les murs.

Bien sûr, si Charlotte avait été présente, ils ne seraient pas en train de faire ce qu'ils étaient en train de faire, non plus; à savoir: regarder Tessa se transformer en Camille puis redevenir Tessa à nouveau. Jem était assis à côté de Will sur la table de la bibliothèque, distillant de temps à autre quelques conseils et encouragements. Will, appuyé sur ses mains avec une pomme qu'il avait dérobé à la cuisine près de lui, faisait semblant de ne pas trop accorder d'attention à la scène.

Mais était tout au contraire très intéressé. Tessa faisait des va-et-vient dans la pièce, ses mains sur les hanches, très concentrée. C'était fascinant de la regarder se métamorphoser : Il y avait une sorte d'ondulation, comme les vaguelettes produites par un ricochet à la surface de l'eau, et ses cheveux foncés qui devenaient subitement blonds, son corps, se courbant et changeant de telle manière qu'il était impossible pour Will de regarder ailleurs. Il n'était d'ordinaire pas du tout courtois de fixer une dame de cette façon, et pour le coup, il était heureux de la chance qui lui était donnée de le faire...

Il était heureux, vraiment? Il cligna des paupières comme pour s'éclaircir les idées. Camille était très belle, l'une des plus belles femmes qu'il n'ait jamais vu. Mais sa beauté le laissait de marbre. Elle était, comme il l'avait dit à Jem, une fleur séchée pressée sous de la glace. Si son cœur battait si fort et si son regard ne pouvait se dérober, c'était pour Tessa elle-même. Il se dit à lui même que c'était cette magie inhabituelle qui le fascinait, pas cet adorable air renfrogné qui tordait ses traits quand elle avait des difficultés à s'approprier la démarche de Camille, ou la façon dont sa robe glissait sur ses épaules dès qu'elle retrouvait son apparence, ou la façon dont ses cheveux se détachaient et retombaient sur ses joues et son cou quand elle secouait la tête en un geste de frustration.
Il s'empara de la pomme à côté de sa main et se mit ostensiblement à la polir sur le devant de sa chemise, espérant que cela dissimulerait le soudain tremblement de ses mains. Avoir des sentiments pour Tessa Gray n'était pas acceptable. Avoir des sentiments pour qui que ce soit était dangereux, mais avoir des sentiments pour une fille qui résidait à l'institut... quelqu'un qui était devenue une part essentielle de leurs plans, quelqu'un qu'il ne pouvait pas éviter, l'était encore davantage.

Il savait ce qu'il devait faire en de pareilles circonstances. La pousser à partir, faire en sorte qu'elle le haïsse. Et pour l'heure, tout en lui se rebellait contre cette idée. C'était parce qu'elle était seule, vulnérable, se dit-il. Ce serait tellement cruel de faire cela...

Elle s'arrêta où elle était, envoya ses bras en l'air en un geste de dépit et fit un bruit de frustration.

- Je n'arriverai jamais à marcher de cette façon! s'exclama-t-elle. La façon dont Camille semble glisser...

- Vos pieds sont trop vers l'extérieur quand vous marchez, remarqua Will.

Mais ce n'était pas vrai, c'était la chose la plus cruelle qui lui soit passée par la tête à cet instant et Tessa lui retourna un regard acéré plein de reproches...

- La démarche de Camille est délicate comme celle d'un faon dans la forêt, pas comme celle d'un canard.

- Je ne marche pas comme un canard, protesta Tessa.

- J'aime les canards, précisa Jem. Tout spécialement ceux de Hide Park.

Il adressa un sourire en coin à l'attention de Will. Will savait à quoi il faisait allusion : Il pensait à la même chose.

- Tu te souviens quand tu as essayé de me convaincre de nourrir les colverts avec une tourte au poulet dans le parc, pour voir si on pouvait créer une race de canards cannibales?

Il sentit les spasmes de rire de Jem à côté de lui. Mais ce que Jem ne savait pas, c'était que les ressentiments de Will à l'égard des canards... Et oui, il savait que c'était ridicule d'avoir des sentiments compliqués à l'égard de ce gibier aquatique, mais il ne pouvait pas s'en empêcher...remontait à ses souvenirs d'enfance.
Au Pays de Galles, il y avait une marre à canard devant le manoir. Et quand il était enfant, Will allait souvent leur donner des morceaux de pain. Ça l'amusait de les voir cancaner et se disputer les restes des toasts de son petit-déjeuner. Du moins ça l'amusait, jusqu'à ce que l'un d'entre eux, un colvert particulièrement gros, regarde Will et réalise qu'il n'avait plus de pain dans sa poche, et c'était mis à lui courir après et à lui mordiller les doigts.
Will n'avait que six ans, et était rentré dare-dare à la maison, où Ella, qui avait déjà huit ans et était considérablement plus grande, avait éclaté de rire quand il lui avait raconté toute l'histoire et lui avait finalement pansé les doigts.
Will n'y aurait plus jamais pensé si le matin suivant, alors qu'il quittait la maison par la porte de la cuisine, pour aller jouer dans le jardin, il n'avait pas rencontré le regard du même canard, ses yeux perçants fixés sur lui. Avant que Will ait pu faire un seul pas, il lui avait foncé dessus et l'avait mordu vicieusement à l'autre main. Au moment où Will avait trouvé une opportunité pour crier, l'oiseau fautif avait disparu dans les arbustes.

Cette fois-ci, quand Ella avait pansé ses doigts, elle lui avait demandé:

- Mais qu'as-tu donc fait à cette pauvre créature, Will? Je n'ai jamais entendu parler de Canard revanchard avant.

- Rien! protesta Will, indigné. Je n'avais plus de pain pour lui, c'est tout. Alors il m'a mordu.

Ella lui adressa un regard dubitatif. Mais cette nuit-là, avant que Will aille au lit, il avait écarté les rideaux de sa chambre pour regarder les étoiles... et il la vit, immobile au milieu de la cour, la petite tête noire du canard, ses yeux fixés sur la fenêtre de sa chambre.
Son hurlement avait fait accourir Ella. Ensemble, ils avaient regardé le canard par la fenêtre, qui semblait disposé à rester là toute la nuit. Finalement, Ella secoua la tête.

- Je dois m'occuper de ça, dit-elle, en envoyant sa natte vers l'arrière et en s'engageant dans l'escalier.

À travers la fenêtre, Will l'avait vu sortir de la maison. Elle avança vers le canard et se pencha vers lui. Pendant un instant, ils semblèrent être en grande conversation. Après quelques minutes, elle se redressa, et le canard fit demi-tour, et dans un dernier élan, agita les plumes de sa queue, et sortit de la cour à grand pas. Ella se retourna et regagna l'intérieur.
Quand elle revint dans la chambre de Will, il l'attendait, assis sur le lit et la regardait avec des yeux énormes.

- Qu'as-tu fait?

Elle sourit de manière complaisante.

- Nous sommes parvenus à un accord, le canard et moi.

- Quel genre d'accord?

Ella s'inclina et déposa un baiser sur son front en dégageant une boucle brune.

- Rien dont tu doives te préoccuper cariad (Amour en gallois). Vas te coucher.

C'est ce que fit Will et le canard ne vint plus jamais l'ennuyer. Des années plus tard, il lui avait demandé ce qu'elle avait dit au canard pour venir à bout de cette salle bestiole, mais elle avait juste ricané d'un rire silencieux et n'avait rien dit.

Quand il s’était enfui de la maison après sa mort, et était à mi-chemin de Londres, il s'était souvenu du baiser qu'elle avait déposé sur son front... Un geste inhabituel pour Ella, qui n'était pas ouvertement affectueuse comme l'était Cécily, qui était toujours collée à ses basques... Et ce souvenir avait été comme un poignard brûlant qui s'enfonçait en lui. Il s'était tordu de douleur et avait crié.

Alors, envoyer de la tourte au poulet aux canards dans le parc l'avait aidé, bizarrement; il avait pensé à Ella, à Ella en premier, mais le rire de Jem avait su balayer la douleur de ce souvenir, et il avait pensé que sa sœur aurait été heureuse de le voir là en train de rire dans ce grand espace vert, et de savoir qu'il y avait eu un jour des gens qui l'aimaient, et qui l'aimaient encore, même si ce n'était qu'une seule personne.

- Et ils ont tout mangé, affirma Will, en croquant dans sa pomme.

Il était suffisamment rodé maintenant pour ne rien laisser paraître de ce qu'il pensait sur son visage.

- Sales petites bêtes sanguinaires. Ne faites jamais confiance à un canard.

Tessa le regarda de travers, pendant un court instant, Will eut la sensation déconcertante qu'elle avait pu voir à travers lui mieux que ce qu'il n'aurait pu l'imaginer. Elle était Tessa alors; ses yeux étaient gris comme la mer, et pendant un long moment, il ne put rien faire d'autre que de la regarder, en oubliant tout le reste... Les pommes, les vampires, les canards, et tout ce qui sur terre n'était pas Tessa Gray.

- Les canards, murmura Jem à ses côtés, trop bas pour que Tessa puisse entendre. Tu es fou, tu le sais ça, n'est-ce pas?

Will quitta Tessa des yeux et répondit:

- Oh, je sais.

En conclusion, Will est anatidaephobe... XD

Texte Cassandra Clare en Anglais


lundi 19 mars 2012

Minuit Féroce : Scène alternative du point de vue de Jem...


Attention cette scène est Spoiler si vous n'avez pas encore lu le tome 2 des Origines...

Les genoux de Jem fléchirent et il heurta le coffre situé au pied de son lit, tout en continuant a se rejouer la scène. Il revoyait Will souffler le nom de Cécile, et il se voyait lui-même regarder l'éclat de sa propre bague au doigt de Tessa dans le train qui les ramenait de York, sachant que tout ceci n'était qu'une mascarade, et sachant aussi qu'il aurait tant aimé que ce soit vrai. Il revit la tristesse dans les yeux de Tessa quand elle était entrée dans la salle de musique après que Will lui a dit qu'elle n'aurait jamais d'enfant. Impardonnable, ce n'était pas une chose à faire, et pourtant, il lui avait pardonné. L'amour c'est le pardon, il avait toujours pensé ça. Et ces choses que Will faisait, il les faisait pour masquer sa propre douleur. Jem ne connaissait pas la source de cette douleur, mais il savait qu'elle existait et était bien réelle. Il le savait comme il savait le caractère inéluctable de sa propre mort, il le savait comme il savait qu'il était tombé amoureux de Tessa Gray et que rien ni personne ne pourrait rien y faire.




mercredi 15 février 2012

Bonus : Une scène coupée de Clockwork Prince : Attention Spoiler!

WILL ET JEM
Will confie son secret à Jem



- Et c'est tout? dit Jem. Voilà toute l'histoire? Est-ce bien là toute la vérité?

Il était assis à son bureau, une jambe repliée sous sa chaise; il avait l'air très jeune. Son violon était posé contre sa chaise. Il était justement en train de jouer au moment où Will était entré dans la chambre sans préambule et avait annoncé la fin des faux semblant : Will avait une confession à faire, et il se devait de la faire tout de suite.

Il sonnait ainsi la fin de la musique : Jem reposa son violon l'air surpris, se pencha en arrière et se raidit comme s'il se préparait intérieurement à ce que Will allait lui jeter à la figure.

- Oui, c'est bien tout, répondit Will, qui, après avoir fait des va et vient interminables durant tout son discours, s'arrêta un instant pour regarder Jem. Et je ne t'en voudrais pas si tu me haïssais. Je pourrais le comprendre.

Il y eut un long moment de silence. Le regard de Jem était fixe sur son visage, fixe et argenté dans la lumière vacillante du feu.

- Je ne pourrai jamais te haïr, William.

La gorge de Will se serra, il voyait un autre visage, une paire d'yeux bleu-gris qui le fixait. "je ne pourrais jamais te haïr Will, même si j'essayais de toutes mes forces", Avait-elle dit.

A ce moment précis, il prit conscience que ce qu'il avait dit à Jem n'était pas "toute la vérité".

Il y avait autre chose à dire. Il y avait son amour pour Tessa. Mais c'était la croix qu'il devait porter, pas celle de Jem. C'était quelque chose qu'il devait taire à Jem pour son bonheur.

- Je le mérite, ajouta Will, sa voix se brisant. Je croyais être maudit, je croyais que tous ceux qui se feraient du souci pour moi allaient mourir; Alors, je me suis attaché à toi, et je t'ai laissé devenir comme un frère pour moi, et en faisant ça, je te mettais en danger...

- Il n'y avait aucun danger.

- Mais je croyais que si. Si je pointais un pistolet contre ta tête, James, et que j'appuyais sur la gâchette, serait-ce moins grave s'il n'y a pas de balle dans la chambre, mais que je l'ignore ?

Les yeux de Jem étrécirent et il se mit à rire, un rire doux.

- Croyais-tu vraiment que j'ignorais que tu avais un secret? s'exclama-t-il. Croyais-tu que j'entamais cette amitié avec toi à l'aveuglette? Je ne savais pas quelle croix tu portais. Mais je savais bien qu'il y avait quelque chose. Sa voix s'adoucit. Je savais que tu pensais être un poison pour tous les gens autour de toi, ajouta-t-il. Je savais que tu pensais qu'une sorte de force nuisible venant de toi pourrait me briser. Et je m'efforçais de te montrer que ce n'était pas le cas. Que l'amour n'était pas si fragile. N'as-tu donc pas compris?

Will haussa les épaules de dépit. Il avait presque souhaité que Jem soit furieux après lui. Il aurait été plus facile à affronter. Mais comment dire à Jem que la culpabilité allait le ronger à chaque fois qu'il poserait les yeux sur Tessa et qu'il la désirerait, à chaque fois qu'il se souviendrait à quel point il avait convoité ce qu'il ne pouvait avoir, ce qu'il ne méritait pas d'avoir.

- Tu m'as sauvé la vie, James.

Un sourire s'étira sur le visage de Jem, aussi rayonnant qu'un éclat de soleil sur la Tamise.

-C'est tout ce que j'ai jamais souhaité.